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Fanny Adoue
Avocate en droit du numérique
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Entraîner une IA mobilise le RGPD, le droit d'auteur et l'IA Act simultanément. Cet article détaille la base légale des données personnelles, l'exception de fouille de textes, les obligations des modèles GPAI et la qualité des données.

Votre équipe entraîne un modèle sur un large corpus collecté en ligne, complété par vos données clients. Le résultat technique impressionne. La provenance et le statut juridique de ces données soulèvent pourtant plusieurs questions que vos investisseurs et vos clients grands comptes ne manqueront pas de poser. Sécuriser cette base en amont protège votre actif principal et conditionne la valeur de votre technologie.

L'essentiel en 30 secondes. Les données d'entraînement croisent trois corpus : le RGPD pour les données personnelles, le droit d'auteur avec l'exception de fouille de textes et de données, et l'IA Act pour les modèles à usage général. À cela s'ajoutent la qualité des données exigée pour le haut risque et la protection des bases de données. Une cartographie rigoureuse de vos sources devient un actif stratégique.

La base légale au regard du RGPD

Dès que votre corpus contient des données personnelles, le RGPD s'applique intégralement. Vous devez identifier une base légale pour ce traitement, qu'il s'agisse de l'exécution d'un contrat, du consentement ou de l'intérêt légitime. L'intérêt légitime, souvent invoqué pour l'entraînement, exige une mise en balance documentée entre votre finalité et les droits des personnes.

Le principe de minimisation impose de ne mobiliser que les données réellement utiles à l'objectif poursuivi. Aspirer un volume massif « au cas où » contrevient à cette exigence. Vous devez aussi informer les personnes dont les données alimentent le modèle et leur permettre d'exercer leurs droits, notamment l'accès, la rectification et l'opposition.

La question des transferts hors de l'Union se pose dès que vos sources ou vos prestataires se situent dans des pays tiers. Chaque maillon de la chaîne de collecte appelle une vérification de la conformité du flux de données.

Le droit d'auteur et l'exception de fouille

Au-delà des données personnelles, un corpus mêle souvent des contenus protégés par le droit d'auteur : textes, images, code. Leur reproduction aux fins d'entraînement constitue en principe un acte soumis à autorisation. Le législateur a toutefois prévu un mécanisme spécifique.

L'exception de fouille de textes et de données, transposée à l'article L.122-5-3 du Code de la propriété intellectuelle à partir de la directive 2019/790, autorise sous conditions la reproduction d'œuvres pour en extraire des informations. Cette exception ouvre une voie pour l'entraînement, mais elle comporte une limite décisive.

Les titulaires de droits peuvent exercer une opposition (opt-out), c'est-à-dire s'opposer à la fouille de leurs contenus, notamment par des moyens lisibles par machine. Lorsque cette opposition est exprimée, l'exception ne joue plus et l'usage redevient soumis à autorisation. Vérifier le respect de ces réserves fait partie intégrante de la diligence attendue d'un acteur sérieux.

Les obligations propres aux modèles GPAI

Si vous développez un modèle d'IA à usage général, désigné par l'acronyme GPAI, l'IA Act ajoute des obligations spécifiques sur vos données d'entraînement. Ces règles s'appliquent depuis le 2 août 2025.

Vous devez d'abord publier un résumé suffisamment détaillé des contenus utilisés pour l'entraînement. La Commission a publié en 2025 un modèle de présentation destiné à harmoniser cet exercice. Ce résumé répond à une exigence de transparence vis-à-vis des titulaires de droits et du public.

Vous devez ensuite mettre en place une politique de respect du droit d'auteur, garantissant notamment la prise en compte des réserves exprimées par les ayants droit. Ces deux obligations transforment la gouvernance documentaire de votre corpus en condition de mise sur le marché de votre modèle.

La qualité et la gouvernance des données

Pour les systèmes à haut risque, l'article 10 du règlement impose des exigences de qualité sur les jeux de données. Les données d'entraînement, de validation et de test doivent être pertinentes, suffisamment représentatives et, dans la mesure du possible, exemptes d'erreurs.

Cette exigence vise directement les biais susceptibles d'entraîner des discriminations. Un jeu de données déséquilibré produit des résultats déséquilibrés. Documenter l'origine, la composition et les limites de vos données devient une obligation autant qu'une bonne pratique d'ingénierie.

S'ajoutent enfin la protection du secret des affaires et le droit sui generis des bases de données, qui peut protéger l'investissement consenti dans la constitution d'un corpus. Ces régimes complètent le tableau et méritent d'être considérés lors de l'acquisition de données auprès de tiers.

Faire de vos données un actif sécurisé

Une chaîne de données documentée, dont chaque source est qualifiée juridiquement, constitue un avantage concret. Elle rassure les investisseurs lors des due diligences, où l'origine des données figure désormais parmi les questions systématiques. Elle protège la valeur de votre modèle contre les contestations ultérieures.

Vous entraînez un modèle d'IA et souhaitez sécuriser la provenance de vos données ? Contactez le cabinet pour auditer votre chaîne de collecte.

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