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Fanny Adoue
Avocate en droit du numérique
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Votre logiciel est au cœur de votre activité. Mais êtes-vous sûr d'en être le seul propriétaire ? Voici ce que dit vraiment le droit sur la protection des créations logicielles.

Un logiciel, ça se protège comment ?

Contrairement à une idée reçue, un logiciel n'a pas besoin d'être breveté pour être protégé. En France, le code source est protégé automatiquement par le droit d'auteur dès sa création, sans aucune formalité préalable. Mais cette protection automatique a des limites — et c'est là que beaucoup d'éditeurs SaaS se retrouvent dans des situations délicates.

Le droit d'auteur sur les logiciels : ce qu'il couvre

Le droit d'auteur protège l'expression originale du code — c'est-à-dire la façon dont le programme est écrit — mais pas les idées, les concepts ou les fonctionnalités en elles-mêmes. Autrement dit, un concurrent peut s'inspirer de ce que fait votre logiciel et le recréer différemment sans violer vos droits.

Ce que vous pouvez protéger : le code source, l'architecture logicielle originale, les interfaces graphiques originales, la documentation technique.

Ce que vous ne pouvez pas protéger par le seul droit d'auteur : les algorithmes en tant que tels, les fonctionnalités génériques, les langages de programmation.

La question cruciale des développeurs salariés et freelances

C'est le point que j'aborde en premier avec mes clients éditeurs SaaS : qui est propriétaire du code ?

Pour un développeur salarié, la loi prévoit une dévolution automatique des droits à l'employeur dans le cadre de sa mission. Mais cette règle ne s'applique qu'aux logiciels créés dans l'exercice des fonctions du salarié. Tout ce qui a été développé en dehors peut rester la propriété du salarié.

Pour un développeur freelance, c'est encore plus risqué : en l'absence de clause contractuelle expresse, le développeur reste propriétaire du code qu'il a produit, même si vous l'avez payé pour le faire. Sans contrat bien rédigé, vous pouvez vous retrouver à utiliser un logiciel dont vous n'êtes pas propriétaire.

Que mettre dans vos contrats ?

Tout contrat avec un développeur — salarié comme freelance — doit préciser explicitement le transfert de droits sur les créations réalisées dans le cadre de la mission. Cela inclut le code source, les mises à jour, les évolutions futures et la documentation associée.

Vos contrats clients (CGU, contrats de licence SaaS) doivent aussi clairement définir ce que vous concédez à vos utilisateurs : un droit d'utilisation limité, non exclusif et non transférable — et rien de plus.

Et le secret des affaires ?

Pour les éléments qui ne sont pas protégeables par le droit d'auteur — comme un algorithme propriétaire — la loi sur le secret des affaires peut prendre le relais. Elle protège les informations confidentielles qui ont une valeur commerciale, à condition que vous ayez mis en place des mesures raisonnables pour les garder secrètes (accords de confidentialité, accès restreint, etc.).

Ce qu'il faut retenir

La protection de votre logiciel passe par une combinaison d'outils juridiques : droit d'auteur, contrats bien rédigés, secret des affaires, et parfois dépôt de marque pour le nom du produit. Chaque couche de protection compte. Un audit juridique de vos créations numériques vous permettra d'identifier les failles — avant qu'un tiers ne les exploite.